A la suite de révélations par la presse notamment suite aux enquêtes menées par le journal Le Monde et 17 autres médias, dans le cadre du « Forever Pollution Project », une nouvelle réglementation vient d’être adoptée par la France pour lutter contre la pollution par les PFAS, aussi appelés polluants éternels. Si cette réglementation limite l’utilisation de ces substances à l’avenir, certaines régions font déjà face à des pollutions importantes de leurs eaux souterraines. Qu’en est-il pour notre territoire ?
La période est plutôt à l’attaque des réglementations environnementales, pourtant les députés viennent d’adopter une loi visant à protéger la population des risques liés aux PFAS, c’est dire si la question est importante. La fabrication, l’importation et la vente de produits contenant des PFAS seront interdites à partir de 2026 pour plusieurs catégories d’articles de grande consommation en particulier les cosmétiques et les textiles d’habillement (mais pas les ustensiles de cuisine comme le téflon pour les poêles). Cette loi instaure également une redevance sur les rejets industriels dans l’eau sur le principe « pollueur-payeur ». Il s’agit donc d’une nette réduction de la production de PFAS à l’avenir, mais qu’en est-il des PFAS déjà présents dans notre environnement et en particulier dans les nappes d’eau souterraines ?
D’abord que sont ces PFAS ? Il s’agit de substances chimiques (les perfluoroalkylés et les polyfluoroalkylés) synthétisées par l’homme (on ne les trouve pas à l’état naturel) à partir d’hydrocarbures. Ce sont molécules comportent des liaisons chimiques entre les atomes de carbone et de fluor qui sont extrêmement stables et qui se dégradent très lentement, sur des siècles voire des millénaires d’où le nom donné de polluants éternels.

Les PFAS sont maintenant présents dans l’ensemble des eaux du globe, dans la chaîne alimentaire et donc dans notre corps. Les travaux scientifiques sur certains PFAS connus montrent qu’ils peuvent avoir des effets délétères pour l’être humain : augmentation du taux de cholestérol, cancers, effets sur la fertilité et le développement du fœtus, sur le foie, sur les reins, etc. Ils sont également suspectés d’interférer avec le système endocrinien (thyroïde) et immunitaire (cf. site de l’ANSES).
Qu’en est-il de la pollution aux PFAS dans notre secteur ?
La carte présentée dans le journal Le Monde donne des éléments précis sur la pollution par les PFAS. Notons d’abord qu’il n’y a pas de producteurs de PFAS en région parisienne. En ce qui concerne les utilisateurs (points violets sur l’extrait de carte ci-dessous), nous trouvons la société Weilburger Coatings qui est spécialisée dans la fabrication de peintures et de vernis. Sur la carte sont également représentés (points bleus) les sites potentiellement pollués tels que les centres de traitement de déchets et les grands sites industriels. Enfin, les points rouges correspondent aux analyses réalisées dans les eaux de surface ; pour notre secteurs les concentrations mesurées, exprimées en nanogrammes par litre, sont les suivantes :
- Pour l’eau de la Seine : Meulan : 18 ng/L ; Triel-sur-Seine : 10 ng/L ; Poissy : 11 ng/L,
- Pour l’Oise : Conflans : 31 ng/L,
- Au niveau de l’étang de la Grosse Pierre à l’île-de-Loisirs du Val de Seine : 23 ng/L,
- Au niveau du ruisseau d’Orgeval à Chapet : 11 ng/L.
Ces valeurs montrent que l’ensemble des cours d’eau et des masses d’eau (cf. le ruisseau d’Orgeval) sont maintenant pollués, mais pour l’instant ces pollutions restent à un niveau limité, entre 10 et 20 ng. En France, les nouvelles limites de qualité applicables sont de 100 ng/L dans l’eau destinée à la consommation humaine (au robinet) et de 2 µg/L (soit 2000 ng/L) sur l’eau brute (à la ressource, avant traitement). Ces limites s’appliquent à la somme des concentrations de 20 PFAS retenus par l’Union européenne.
Pour l’instant, les niveaux de PFAS mesurés dans notre secteur sont relativement faibles, mais on peut noter que l’ensemble des eaux de surface contiennent des molécules de ces polluants éternels. A surveiller donc.
« ng/l » est le symbole du nanogramme par litre soit 10-9 gramme par litre ou 0,000 000 001 gramme par litre. Il s’agit de concentrations très faibles, ce qui explique que ce n’est que très récemment que ces pollutions ont été mises en évidence.
Carte en en-tête d’article : carte des polluants éternels au niveau européen. Journal Le Monde.
Journal Le Monde :
PFAS : explorez la carte d’Europe de la contamination par les « polluants éternels »
Article Que Choisir :
PFAS – Des polluants éternels omniprésents – Enquête – UFC-Que Choisir
Site de l’ANSES :
Site du Ministère de la santé :
Reportage ARTE :